La notation au SDIS de l’OISE

La lettre hebdomadaire « réglementation » du Moniteur vient de publier le 23/04/10 un intéressant document de Pierre-François Rolland, chef du service juridique du SDIS de l’Oise et Valérie Peillon, son adjointe qui exposent la méthode de notation qu’ils ont retenue.

Après examen de la notation inversement proportionnelle et de ses conditions d’utilisation, les deux auteurs se prononcent en faveur de la notation linéaire.

Leur grand mérite est de poser la question suivante qui effectivement est au cœur du sujet : à partir de quel multiple k du prix minimum doit on attribuer la note-prix minimale, c’est à dire en pratique « zéro » ?

Si on suppose une échelle de notation allant de 0 à 10, la note N attribuée au prix P est la suivante :
N= 10*(Pmax-P)/(Pmax-Pmin)
Si on pose que Pmax = k*Pmin, la formule devient :
N= 10*(k* Pmin- P)/[(k-1)*Pmin]
où Pmax est le prix le plus haut observé résultant de la consultation et Pmin le prix le plus bas observé résultant de la consultation.

Selon sa connaissance du marché, l’acheteur fixerait le coefficient k : pour les marchés de travaux, où les offres sont souvent très resserrées, le coefficient k pourrait être ainsi de 1,25 à 1,50 maximum.

A ce point du raisonnement, on se rend compte qu’on devrait fixer k avant la réception des offres –puisque la formule de notation devrait être arrêtée au préalable- mais à ce stade on ne connaît pas le prix minimum !
Nos deux auteurs ont donc très logiquement recours à une estimation du prix le plus bas à faire avant le dépouillement des offres.

Deux cas de figure se présentent alors :

-1° cas, l’estimation E est inférieure au prix minimum observé Pmin, les auteurs ont recours à la formule suivante qui utilise la moyenne entre l’estimation E et Pmin:
N= 10*[k*(E +Pmin)/2-P)]/[(k-1)*(E +Pmin)/2)]
Comme ils le soulignent à juste titre, dans ce cas l’offre Pmin n’obtient pas la note maximum.

A notre sens, dans ce cas, ils auraient pu tout aussi bien retenir une formule plus simple reposant exclusivement sur l’estimation de prix E et raisonner en échelle projetée :
N= 10*(k*E-P)/[(k-1)*E]

-2° cas, l’estimation est supérieure au prix minimum constaté ; pour ne pas attribuer de note supérieure à 10, les auteurs reviennent à la formule précédente :
N= 10*(k* Pmin- P)/[(k-1)*Pmin]
L’inconvénient ici est que le prix maximum qui obtient la note « zéro » dépend du prix minimum observé ; si on a une offre anormalement basse qu’on n’a pu éliminer, cela peut disqualifier beaucoup d’autres offres !

CONCLUSION
Le recours à l’estimation de prix –en l’occurrence le prix le plus bas- rapproche cette méthode des méthodes d’échelles projetées ; avec une correction quand effectivement une offre est plus basse et qu’on n’a pu la qualifier d’anormalement basse.
Incidemment on rappelle que le ministère des finances dans une réponse à une question parlementaire s’était prononcé contre l’utilisation de l’estimation de prix pour la détermination de la note prix.
Par ailleurs, les acheteurs ne se sentent pas toujours en mesure de définir des estimations de prix, basses ou hautes ; le seul élément sûr est la limite maximum à ne pas dépasser qui est la contrainte budgétaire.
C’est sans doute ce qui justifie le recours à des méthodes utilisant la moyenne des offres reçues que nos avons évoquées dans des blogs précédents.

6 réponses à “La notation au SDIS de l’OISE”

  1. PF ROLLAND dit :

    Bonjour,

    D’abord, nous vous remercions pour l’intérêt que notre travail a suscité auprès de vous. Il est sain qu’un débat s’instaure sur ce genre de questions car, en matière de marchés publics, ce sont surtout les pures questions juridiques (la frontière entre le permis et l’interdit) qui sont débattues. Les aspects méthodologiques, pourtant essentiels, passent assez largement au second plan.

    Sur la formule que nous proposons, il s’agit seulement d’un outil de plus ayant vocation à être utilisé dans certaines situations et pas dans d’autres. Ce n’est assurément pas le couteau suisse de l’achat public !

    Le recours à l’estimation, qui semble avoir particulièrement retenu votre attention, n’est qu’une déclinaison de la formule de base, cette dernière devant selon nous être privilégiée dans la grande majorité des situations. Il n’en reste pas moins que l’estimation peut avoir un rôle à jouer, notamment lorsque l’acheteur connaît bien le marché sur lequel il se fournit, et nonobstant le postulat arbitraire des services centraux sur ce point.

    En ce qui concerne la formule de base, celle qui ne fait pas intervenir l’estimation, on nous a souvent fait part des difficultés liées à la pondération de notre coefficient x (ou k). C’est un fait notamment pour les achats non récurrents dans lesquels l’acheteur ne sait pas anticiper les offres qui lui parviendront. C’est moins vrai s’agissant des achats qui reviennent périodiquement. En d’autres termes, c’est la question de la professionnalisation des acheteurs qui est ici posée plus que celle de la méthode retenue. Dès lors qu’elle consiste à définir la valeur de k, La démarche proposée oblige surtout l’acheteur à analyser un minimum le contexte de son achat alors que cela n’est pas le cas avec les formules usuelles.

    Autre remarque, lorsque le cahier des charges est bien « bordé », le risque de l’offre anormalement basse, qui au demeurant peut être traité utilement en cours de procédure, s’éloigne. Le risque que l’échelle soit pervertie par une offre anormalement basse nous semble relativement faible et, le cas échéant, évitable.

    Enfin, on doit aussi s’attacher à ce que l’amplitude de l’échelle de prix soit cohérente avec l’amplitude des échelles de notation des autres critères. On nous dit souvent que les prix pratiqués dans tel ou tel domaine sont très disparates de sorte que k = 2 n’est pas un bon ratio par défaut. Mais il faut alors se demander si les écarts de qualité dans ces domaines sont compatibles avec les écarts de prix. Les grilles de notation peuvent-elles conduire le pouvoir adjudicateur à payer trois fois plus cher un produit d’une qualité légèrement meilleure que le produit le moins cher ? Idéalement, pour éviter la surpondération ou la sous-pondération des critères entre eux, cette problématique devrait être réfléchie au cas par cas. Il faut bien convenir que ce n’est pas forcément simple mais c’est indispensable. D’où l’intérêt qu’il pourrait y avoir à multiplier les CCTG accompagnés des méthodes d’analyse correspondantes… ça donnerait déjà aux acheteurs publics quelques points de repère.

  2. maxime dit :

    Merci beaucoup de ce commentaire très détaillé qui complète utilement l’article auquel il se rapporte ! j’apprécie particulièrement votre remarque « Les grilles de notation peuvent-elles conduire le pouvoir adjudicateur à payer trois fois plus cher un produit d’une qualité légèrement meilleure que le produit le moins cher ? » car c’est un cas qu’on rencontre plus fréquemment qu’on ne pense !

  3. PF ROLLAND dit :

    En effet. Ce n’est pas forcément blâmable en soi, notamment pour les biens et services dont la qualité n’est pas valorisée de façon linéaire : vous acceptez parfois de payer beaucoup plus cher un produit pour ses qualités accessoires au regard de ses fonctions de base (cf. les téléphones portables, par exemple…). Dans ce cas, il ne faudrait pas afficher un prix pour 40 % de la note et une qualité à 60 % car le poids de la qualité pèse beaucoup plus lourd dans l’acte d’achat. En définitive, c’est bien de la méthode d’analyse que procède le vrai poids des critères les uns par rapport aux autres. Il s’agit seulement den ‘avoir conscience afin que le résultat de la consultation soit le reflet plus ou moins fidèle de la pondération telle qu’elle a été conçue et surtout affichée. Cela veut dire aussi qu’il vaut mieux réfléchir à la méthode en même temps que l’on définit la pondération. La sécurité de l’achat, autant que son efficacité, en dépendent. Pour le reste, il est vain de rechercher la perfection. Poursuivre trop loin la réflexion sur ce point risquerait de devenir rapidement stérile (je me demande si le point de stérilité n’a pas déjà été atteint, d’ailleurs).
    Bien cordialement à vous.

  4. Chafouin dit :

    il est dit « Enfin, on doit aussi s’attacher à ce que l’amplitude de l’échelle de prix soit cohérente avec l’amplitude des échelles de notation des autres critères.  » je suis entièrement d’accord et constatant que cette méthode donne la note maxi pour Pmini il faut donc que sur tous les critères la meilleure offre obtienne cette note maxi.
    Par ailleurs il est très difficile sur les dossiers non récurrents de prévoir avec une précision aussi fine que le document l’envisage ….donc il faut sans doute finir par envisager deux formules ou deux  familles de courbes de notation … Le débat fait progresser, certaines limites de recherche de l’absolu sont peut être stériles mais il faut que le plus grand nombre s’imprègne de la nécessité de réflexion sur les conséquences des méthodes de notation et des distorsion qu’il peut y avoir quand on utilise des méthodes disparates entre critères ….

  5. PF ROLLAND dit :

    Merci, Chafouin, pour votre commentaire. Comme j’ai eu l’occasion de l’écrire à MJ, c’est peut-être moins une question de méthode qu’une nouvelle culture à impulser dans l’achat public : un peu plus de réflexion sur le sens de l’achat qu’on se propose de passer. En discuter, c’est déjà amorcer la courbe. Mais il faudrait alléger encore la pression juridique (un rien castratrice) qui pèse trop lourdement sur l’achateur public.

  6. Quelques remarques, au risque de me répéter:
    - Dans la moyenne pondérée, les poids ne sont pas intrinsèques; autrement dit, ils n’ont de sens qu’en lien avec les performances; si les performances sont pas ou mal connues au moment de pondérer, comme c’est souvent le cas dans les marchés publics, il est nécessaire d’appuyer la réflexion sur des performances estimées.
    - Une manière de faire consiste à construire deux offres fictives, mais réalistes:
    – une minimaliste, qui serait à la limite inférieure de ce qui est acceptable du point de vue technique,
    – une maximaliste, qui serait à la limite de ce qui est utile, de la surqualité.
    L’estimation du prix de ces deux offres complète la définition des niveaux de référence. On peut ensuite réfléchir aux poids et tester des offres fictives pour vérifier que le modèle sélectionne le type d’offres souhaité.
    - Le système dual, tel que présenté ci-dessus ou sous d’autres formes, est un pis-aller dans le sens où il évite de donner des notes surprenantes lorsque les prix offerts divergent fortement de l’estimation, mais il ne respecte pas dans ce cas, la logique mathématique.

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