Archive pour la catégorie ‘Notation’

Une méthode de notation où le prix moyen obtenu obtient la note moyenne (ou plus…)

Mercredi 20 janvier 2010

Un des contributeurs à ce blog nous propose les méthodes de notation suivantes en usage notamment à la SEMTCAR (Rennes) et à la communauté d’Agglomération Portes de France – Thionville.

La formule de calcul est la suivante :

Note financière = Note maxi * (Prix moyen)/ (Prix moyen + Prix Offre)

Cette formule présente l’avantage de « lisser » les notes financières au regard des notes techniques, et donc de mettre en avant la valeur technique d’une offre, elle permet une graduation de la note prix respectueuse des principes de base de l’analyse multicritères.

Elle respecte les éléments suivants :
- note la plus élevée pour le prix minimum
- note la plus basse pour le prix maximum
- notes différentes pour deux prix différents
- note moyenne pour le prix moyen

DES AMELIORATIONS
Pour permettre d’augmenter les écarts de note entre les offres financières, tout en continuant à les apprécier par rapport au prix moyen une autre formule est proposée :
Note financière = note maxi * (Prix moyen) puissance n /[(Prix moyen) puissance n + (Prix Offre) puissance n]

Avant de retenir cette solution, avec n=4, la Communauté d’Agglomération Portes de France – Thionville, l’a testée sur des marchés déjà lancés qui comprenaient la formule initiale. Il a été noté que les offres financières prenaient une plus grande valeur dans la pondération entre la note technique et la note financière.
Cette formule permet une plus grande prise en compte des écarts entre les offres. Enfin on peut rester sur un centrage des notes sur la note moyenne ou estimer que l’offre moyenne représentative de l’état de la confrontation de l’offre et la demande mérite plus que la note moyenne ce qui amène une autre proposition.

La SEMTCAR, agissant en tant que mandataire de Rennes Métropole, a proposé pour la construction du métro une formule voisine qui recale cette courbe sur une note moyenne pour un dépassement de 20% du prix moyen soit :
Prix moyen
Note financière = note maxi * (Prix moyen) puissance n / [(Prix moyen) puissance n + (Prix Offre - 0,20 * Prix moyen) puissance n]
avec n = 4 en Travaux, services courants et fournitures courantes,
n= 3 en prestations intellectuelles, fournitures non courantes et services à forte incertitude sur la dispersion des offres.
En effet quand la dispersion des offres est faible il faut augmenter les écarts entre les notes pour qu’il y ait une discrimination, il est même possible d’imaginer une règle de fixation de n entre 2 et 8 selon la dispersion réelle des offres. Des simulations sur différents marchés précédents ont été réalisées.

De plus ces courbes présentent d’autres avantages :
-à un certain niveau de prix « serré » incitation de fait à augmenter la valeur technique plutôt que de continuer à baisser le prix car le gain de points est de plus en plus faible.
- quasi proportionnalité pour les prix voisins de la moyenne.

Nos lecteurs utiliseront leurs tableurs Excel pour visualiser les courbes correspondantes « anti logistiques ».

la note éliminatoire est possible

Vendredi 8 juin 2007

Une réponse ministérielle au Sénateur PIRAS (publiée le 01/03/07 et reproduite dans le cahier détaché du Moniteur n°5402 du 8 juin 2007) fait une fois de plus avancer la compréhension du code des marchés publics.

Une fois de plus, car dans une chronique précédente du 17 mars 07 « identification de l’offre économiquement la plus avantageuse » ( voir rubrique notation) nous avions déjà relevé que, dans une réponse à l’honorable parlementaire, le MINEFI recommandait que la technique de notation soit connue avant l’analyse des offres et que les choses se passent en toute transparence (ce qui n’est pas forcément synonyme de publication ; voir notre article).

Sur le choix d’une méthode de notation nos lecteurs trouveront dans notre ouvrage pages 211 et 212 des indications en fonction du nombre de réponses reçues et de la fiabilité des estimations que le pouvoir adjudicateur peut faire.

Pour revenir à notre sujet d’aujourd’hui, la note éliminatoire, la précision du ministère de l’économie est utile en ce qu’elle autorise l’acheteur à fixer, au niveau des critères d’attribution « une note éliminatoire ou un nombre de points minimum en dessous desquels l’offre classée est écartée ».

Seule condition : il faut que cette modalité ait été annoncée, sans doute dans le règlement de la consultation, et qu’elle ne soit pas discriminatoire.

On remarquera d’ailleurs que la formulation du ministère des finances vise deux modalités différentes de notes éliminatoires :
- soit une note éliminatoire sur un (ou plusieurs) critère(s)
- soit une note cumulée (nombre de points) insuffisante sur plusieurs critères ; il s’agira sans doute des critères qualitatifs autres que le prix ou le coût.

Enfin la réponse ministérielle distingue les offres éliminées de la sorte des offres qualifiées d’inappropriés, d’irrégulières et d’inacceptables par le code, toutes offres non conformes ou irrecevables et qui de ce fait ne feront même pas l’objet d’une notation.

L’offre éliminée pour sa note est donc une offre recevable mais d’une qualité insuffisante au regard des exigences du pouvoir adjudicateur.

Monétarisation des offres par un bonus ou un malus

Mardi 29 mai 2007

Pour déterminer l’offre économiquement la plus avantageuse, la plupart des pouvoirs adjudicateurs ont recours à une note globale impliquant non seulement la notation des critères qualitatifs ou physiques mais également la notation des prix.
Toutes ces méthodes sont décrites dans notre ouvrage.
Une autre méthode, que nous avons également décrite dans notre ouvrage au chapitre 3.3 pages 213 à 220 consiste à monétariser la valeur technique et donc à obtenir pour chaque offre une valeur en euros tenant compte de la valeur technique.
Le principe est, comme dans l’adjudication pure et dure, de retenir le moins disant mais le prix du moins disant incorpore, dans ce cas, en fait un facteur qualité.
Ces réflexions nous sont venues à propos d’un commentaire que nous avons envoyé au Moniteur des Travaux Publics qui a été aimablement publié dans leur numéro n° 5400 du 25 mai 2007 page 12.
Sur la même page figurait une remarque très fondée de M.Cambournac, ancien président de la commission des marchés de la FNTP, dont le développement complet se trouve sur le site du Moniteur à la rubrique « points de vue » et qui est joint au présent blog.
Dans ce point de vue, l’auteur rappelle que « la méthode consistant, pour classer les offres, à réévaluer leur prix (ou leur coût) en lui appliquant un rabais fictif d’autant plus fort que leur qualité est meilleure, a le mérite d’être concrète ; elle revient finalement à identifier le véritable moins-disant après prise en compte de la qualité telle qu’elle est appréciée par l’acheteur. »
Le même point de vue était disponible dans une note de méthode de la FFB de 2004.
Le procédé est le suivant :
- On commence par noter la valeur technique des différentes offres d’où on tire un « coefficient qualité » ;
- On calcule le bonus (ou rabais fictif) par application du coefficient qualité au prix de l’offre ;
- On minore le prix de l’offre de ce bonus ;
- On retient l’offre bonifiée la moins élevée en euros.

L’offre bonifiée la moins élevée n’est évidemment pas toujours l’offre qui était la moins disante, puisque l’offre à l’origine la moins disante peut très bien n’avoir aucun bonus qualité ou un très faible bonus.

Une autre méthode appliquée par certaines plates formes de dématérialisation, consiste à calculer des malus ; le prix de l’offre jugée techniquement la meilleure est inchangé ; le prix des autres offres est affecté d’un malus proportionnel à l’écart de qualité entre cette offre et l’offre techniquement la meilleure ; le malus augmente le prix de l’offre considérée (sauf la meilleure techniquement) ; comme précédemment on retient le prix pondéré le moins élevé.

La monétarisation est un procédé intéressant puisqu’il permet de s’affranchir de la difficulté de transformer les prix en notes et permet au décideur de choisir le moins disant « pondéré ».
C’est un procédé effectivement bien adapté aux marchés de travaux et de fournitures courantes où le critère dominant-mais non exclusif- reste le prix. Son emploi est peut être plus délicat pour des prestations intellectuelles ou de maîtrise d’œuvre.

Le guide de la FFB

Article du 250507 du Moniteur – Cambournac

Identification de l’offre économiquement la plus avantageuse (OEA)

Samedi 17 mars 2007

A nouveau une question du sénateur Piras au Minefi, dont la réponse à été publiée le 8 mars au JO.

Nous notons avec attention que le niveau de précision des questions concernant l’application de la pondération croît régulièrement… Le MINEFI énonce d’ailleurs ce qui jusqu’ici était peu mis en avant (quoiqu’évident, certes) : ce n’est pas seulement la pondération des critères qui conditionne le choix final de l’acheteur, mais bien la pondération ET la notation, cette dernière étant souvent plus déterminante que la première.
L’attention se concentre donc peu à peu sur le nerf de la guerre : la notation.

En résumé : la question était de savoir si l’établissement de règles de notation par critère constitue une modalité obligatoire d’identification de l’OEA ; mais également si la publicité et le RC doivent préciser les modalités de notation par critère.

Mais cette fois, la réponse du MINEFI manque, elle, de précision :

Sur les règles de notation : oui elles doivent exister et le MINEFI de donner un exemple sommaire de barême de notation (depuis 1- insuffisant, jusqu’à 5 : excellent). Nous précisons à propos de ce type de barême qu’il doit être accompagné d’une description aussi précise que possible, en fonction du critère et du marché, de ce qu’on entend par « insuffisant » et « excellent » (idem, bien sûr, pour les catégories intermédiaires).

L’acheteur n’est pas tenu de publier ses règles de notation, néanmoins il est nécessaire que les modalités de notation soient connues avant l’analyse des offres.

Etant donné l’importance des méthodes de notation, l’acheteur doit, selon le MINEFI, « assurer la plus grande transparence » à leur sujet. Si on s’en tient strictement à une telle recommandation, la transparence maximale étant de publier les règles, l’acheteur semble devoir s’y résoudre.

Néanmoins une autre solution existe pour pouvoir justifier, notamment devant le juge, que les règles de notation préexistaient à l’analyse des offres : il s’agit tout simplement pour l’acheteur de s’adresser sous pli postal cacheté, avant la consultation (le cachet faisant foi), les documents précisant les modalités de notation (solution proposée par les auteurs Suisse Pictet et Bollinger).

En l’absence d’autre recommandation du MINEFI, il semble que seule cette solution soit en mesure de justifier de la bonne foi de l’acheteur en cas de contestation des méthodes de notation.

Retour sur la jurisprudence CE Ville de Toulouse / Decaux

Lundi 4 septembre 2006

Arrêt du Conseil d’Etat N° 280197

Nous ne reviendrons pas de manière exhaustive sur cet arrêt, qui a déjà été très brillamment commenté par M. Frédéric Rollin sur son blog
Rappelons brièvement les faits : la société JC Decaux n’a pas été retenue pour un marché de mobilier urbain de la ville de Toulouse. Cette société a alors déposé un recours pour 2 motifs distincts :

  1. La ville de Toulouse ne pouvait pas ne pas utiliser comme critère de choix le prix
  2. La ville de Toulouse disposait d’une liberté de choix discrétionnaire en utilisant, sans plus de précision, un critère esthétique pondéré à 50%.

Le TA donne raison à Decaux sur le premier motif. Le Conseil d’Etat, lui, confirme au contraire que l’acheteur avait le droit de ne pas utiliser le prix comme critère de choix ; mais annule le marché sur la base du second motif… La ville de Toulouse aurait dû préciser ce qu’elle attendait des candidats en matière esthétique…

Cette décision, qui n’a finalement pas fait grand bruit est pourtant susceptible de prendre en défaut de nombreux acheteurs publics qui utilisent le critère esthétique sans préciser ce qu’ils attendent. D’ailleurs, comment leur donner tort, tant il semble incontestable que l’aspect esthétique est quelquechose de subjectif et la beauté difficile à définir a priori ?
Dans notre ouvrage, nous partons du principe qu’il est quasiment impossible de donner une échelle de beauté a priori. Il incombe alors à l’acheteur public de mettre en oeuvre un jugement des offres collectif et participatif qui soit la traduction d’une pluralité d’opinions. Et de garantir, par là, la transparence et l’égalite de traitement des candidats. Nous recommandons ainsi la mise en oeuvre de la méthode des cartes notes (dans sa version collective tirée de Pictet et Bollinger).

Idéalement ce jugement des offres devrait être fait à l’aveugle (sans que l’on sache quel est le candidat qui a proposé tel ou tel mobilier) mais cela semble assez malaisé à mettre en pratique étant donné que les personnes connaissant un peu ce marché peuvent sans doute deviner la provenance de chaque matériel.

A défaut de pouvoir préciser une échelle de beauté, l’acheteur public peut tout de même prendre le soin, a fortiori lorsqu’il attribue 50% de la pondération au critère esthétique, de détailler qq sous-critères. Par exemple, le critère qualités esthétiques peut être composé de 3 sous-critères : harmonie des couleurs, harmonie des formes, et enfin la discrétion (intégration discrète dans un paysage urbain standard). On précise ainsi le critère esthétique sans toutefois aller jusqu’à donner pour chaque sous-critère une échelle de préférence, qui reste là encore, impossible ou presque à définir avec certitude.
Cet exercice d’élaboration de sous-critères est lui aussi assez ardu mais sans doute nécessaire lorsque, comme c’était le cas pour la ville de Toulouse, on attribue une telle importance à ce critère et pour satisfaire, ainsi, aux exigences qui sont posées par cet arrêt du Conseil d’Etat.

Les modalités de jugement des offres (par exemple la composition du groupe de personnes qui jugera les aspects esthétiques) peut également être un élément d’information intéressant pour les candidat et favoriser leur égalité de traitement.