Archive pour la catégorie ‘Revue Contrats Publics’

L’utilisation de fourchettes de poids

Lundi 22 janvier 2007

L’utilisation de fourchettes de poids, introduite par la directive européenne 2004/18/CE, a été transposée dans le code des marchés publics 2006 : « Le poids de chaque critère peut être exprimé par une fourchette dont l’écart maximal est approprié . »

Cette évolution réintroduit une certaine souplesse dans le processus de décision, alors que la pondération des critères a tendance, elle, à réduire les marges de manœuvre. L’acheteur est en effet très contraint par la pondération qu’il a définie tandis que la hiérarchisation lui laissait une liberté assez large pour la désignation de l’offre économiquement la plus avantageuse.

Un système de pondération défini très tôt dans la consultation peut présenter quelques lacunes ou surprises à l’usage lorsqu’on l’applique à l’analyse des offres reçues. Dès lors, il semble naturel que l’acheteur puisse retoucher sa pondération à la marge, afin qu’elle lui permette réellement de désigner l’offre économiquement la plus avantageuse.

Prenons deux illustrations :

1er exemple : expression de la fourchette en valeur absolue
L’acheteur se donne la possibilité de redistribuer 10 points, au maximum, entre les différents critères :

      Poids Fourchettes de poids
  • Prix : 50 % de 45 à 55 %
  • Valeur technique : 30 % de 25 à 35 %
  • Délai : 20 % de 15 à 25 %

2nd exemple : expression de la fourchette en valeur relative : l’acheteur choisit de faire varier de 10 % le poids de chaque critère

      Poids Fourchettes de poids
  • Prix : 50 % de 45 à 55 %
  • Valeur technique : 30 % de 27 à 33 %
  • Délai : 20 % de 18 à 22 %

Les écarts permis autour du poids annoncé, dans chacun de ces deux exemples d’application, peuvent définir une fourchette raisonnable comme le demande le code. Quel que soit le système utilisé, on est amené à redistribuer au maximum dix points de pourcentage entre les différents critères, sur les 100 que compte au total le système de pondération.

Au niveau global, les deux options se traduisent pas une variation maximale de poids identique (10 points de pourcentage), la solution de l’expression des fourchettes en valeur absolue (5 points plutôt que 10%) semble être moins sûre juridiquement. En effet, si on applique la variation de 5 points aux critères les moins importants, on peut avoir une différence substantielle avec leur poids initial, qui pourrait être considérée comme inappropriée.

Application aux seuls sous-critères
On peut aussi imaginer de conserver une pondération constante au niveau des critères mais de réserver la flexibilité permise par la définition de fourchettes au niveau des sous critères.
Exemple pour le critère valeur technique d’un marché de travaux, la pondération des sous critères serait :
- Gestion des nuisances du chantier : 25% à 30%
- Organisation du chantier : 30% à 35%
- Sécurité sur le chantier : 40% (invariable)

Propositions d’utilisation
Les acheteurs devront être très attentifs à une mise en œuvre légitime de ces fourchettes de poids et les réserver aux cas suivants (qui ne sont pas exhaustifs) :
- les offres de prix sont très rapprochées et de facto ce critère perd son côté discriminant ; l’acheteur peut donc décider d’accorder plus d’importance aux autres critères ; inversement dans d’autres circonstances, il pourra être approprié de renforcer la pondération du prix ;
- les offres des fournisseurs introduisent des aspects qui ont été sur ou sous évalués par rapport aux fonctionnalités ou caractéristiques formulées dans le cahier des charges, l’acheteur pourra réévaluer tel ou tel critère ;
- une variante fait apparaître la nécessité de réévaluer les critères ; toutefois, le même jeu de pondération doit être utilisé pour le jugement de la variante et pour le jugement des offres de base ;
- l’objet du marché est d’une technologie évolutive (voir ci dessous) et il faut garder une souplesse de pondération pour les critères ;
- la durée de la procédure initiale ou bien le temps de l’exécution (cf. contrat cadre ou système d’acquisition dynamique dont les durées peuvent aller jusqu’à 4 ans) sont très longs, les priorités de l’acheteur peuvent fluctuer et être prises en compte avec les fourchettes.

Pour plus de détails voir notre article dans CP-ACCP de janvier 2007

OBTENIR la meilleure offre

Mercredi 3 janvier 2007

En décembre 2006, vous trouvez dans la revue Contrats Publics – Actualité des contrats et de la commande publique un article intitulé « Qu’est-ce que l’offre économiquement la plus avantageuse ? ». Il ne s’agit pas à proprement parler d’un extrait de notre ouvrage – comme le mentionne le préambule ; néanmoins, le propos développé est fidèle à la logique et la « philosophie » de notre livre : il ne s’agit pas tant de choisir l’offre économiquement la plus avantageuse que de l’obtenir. Ainsi, un achat performant devra se contruire dès les premières étapes : détermination des besoins, analyse des marchés précédents, échanges avec les entreprises et ainsi de suite.

Seul l’article 53 du CMP mentionne la notion d’offre économiquement la plus avantageuse. Or, la réflexion sur les critères de choix est certes suffisante pour désigner la meilleure offre, mais l’ensemble des étapes précédant le choix de l’offre auront, elles, permis de faire émerger cette offre !

Premiers articles : le critère social

Vendredi 20 janvier 2006

En décembre 2005, alors que nous étions déjà bien engagés dans la rédaction de notre ouvrage, nous avons participé au numéro de 50 de la revue « contrats publics » (CP-ACCP) consacré au « bon usage des aspects sociaux ».
Pierre Ravenel y développait à propos de ce critère social la notion de « bénéfice sociétal » et concluait, de façon prémonitoire, qu’à terme l’achat public devrait prendre appui sur trois catégories de critères :
-les critères permettant d’apprécier le rapport qualité/ prix de l’offre
-les critères évaluant la performance environnementale
-les critères permettant d’évaluer la valeur sociale de l’offre

Maxime Jacob était chargé de répondre à la délicate question : peut-on introduire le critère social dans la commande publique et comment s’y prendre ?
Pour cela il définit et distingue 3 catégories de critères sociaux :
- ceux qui résultent de la loi ou du code des marchés
-ceux qui se rattachent à l’objet du marché
-ceux qui ont un caractère d’intérêt général sans se rattacher à une des deux catégories précédentes.
Il en concluait que seuls les deux premières catégories de critères sociaux étaient recevables dans l’état actuel du droit.